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Première personne

Paris, 26 - 27 June 2020

“Je pense.” Que signifie ici parler en première personne ? Les implications
ontologiques de ce fait grammatical ouvrent un ensemble de questions au
carrefour de l’histoire de la philosophie moderne, de la phénoménologie, de
la philosophie analytique et de l’herméneutique. La perspective en première
personne est-elle fondamentale, ou, en quelque façon, construite ? L’usage
linguistique du pronom « je » renvoie-t-il à une expérience
pré-linguistique du point de vue de la première personne ?

Cette interrogation a une épaisseur historique dont un jalon décisif est la
question de la possibilité de prendre l’ego pour fondement de la
connaissance (Descartes, 1641). Cependant, même si le “je pense” doit
pouvoir accompagner mes représentations, ce qu’on peut en déduire appelle
une critique (Kant, 1781). La centralité de l’égologie se trouve ainsi
constamment remise au travail. Elle a pu être ressaisie comme l’essence
même de la connaissance, voire de la réalité (Fichte, 1794 ; Schelling,
1795).

A son tour, la volonté phénoménologique de revenir aux choses-mêmes peut
être comprise comme revalorisation de l’expérience vécue (Husserl, 1901),
qui place au centre la perception incarnée (Merleau-Ponty, 1945). D’un
autre côté, ce motif du “retour aux choses-mêmes”, peut conduire à déplacer
l'intérêt des étants à l’être (Heidegger, 1927), voire à “vider” la
conscience de ce “moi” qui serait la base de toute conscience (Sartre,
1934). Selon une version plus mesurée peut-être, Ricoeur a pu suggérer de
se situer à “égale distance de l’apologie du cogito et de sa destitution”
(Ricoeur, 1990) : comment se placer à la hauteur de ces exigences
apparemment contraires?

Il demeure en outre une question sur le caractère privé de l'expérience en
première personne, et la possibilité de la communication des expériences.
Un ensemble de doutes entoure ainsi la possibilité pour une expérience
privée d’intervenir dans un échange public, et a fortiori de fonder la
valeur de certitude d’un système de connaissances (Wittgenstein, 1953). Ce
à quoi la première personne fait référence est également problématique. Le
double usage du pronom “je” engage la question de l’immunité aux erreurs
d’identification (Shoemaker, 1968 ; Anscombe, 1975).

Dans une autre perspective, l’importance des phénomènes qui échappent à la
conscience et la déterminent, analysables uniquement d’un point de vue en
troisième personne, a porté à critiquer l’effectivité et la centralité du
point de vue en première personne (Foucault, 1966 ; Deleuze, 1969).
Finalement, si ce sont les autres personnes qui en sont la condition et lui
donnent sa pleine signification, la première personne n’est-elle jamais que
seconde ?

La prise en compte de ces différentes interrogations nous permettra
d’explorer des points d’intersections entre divers domaines tels que
l’ontologie, l’épistémologie, mais aussi l’éthique, voire la politique. Ce
sera également l’occasion d’interroger la constitution historique de ce
concept et la manière dont il est susceptible d’éclairer des questions
contemporaines. Toutes les propositions portant sur la notion de première
personne et les différents problèmes qu’elle soulève sont les bienvenues. Un
intérêt particulier sera accordé à celles qui s’attacheront aux aspects
suivants :

- l’interrogation de la constitution historique de la « première personne »
;

- le lien entre l’expérience à la première personne et la conscience de soi
;

- le rapport entre expérience, conscience et langage ;

- la notion problématique d’alter ego ;

- la manière dont des auteurs des vingtième et vingt-et-unième siècles se
sont saisis de références classiques pour penser la première personne.



Consignes de soumission des résumés :

- Cet appel s’adresse aux doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s.

- Nous attendons des propositions en français ou en anglais.

- Longueur maximale : 500 mots.

- Les abstracts devront être anonymisés en vue d’une double relecture.

- Indiquer dans le courriel l’affiliation de l’auteur.

- Les propositions sont à envoyer au plus tard le mardi 31 mars 2020, à
l’adresse suivante : *journeespremierepersonne@gmail.com*
<journeespremierepersonne@gmail.com>.



Organisateurs :

Alessandro Colleoni – Fondazione San Carlo / EHESS

Marco Dozzi – McGill University / Università degli Studi di Cagliari

Jean-François Houle – Université Laval / EHESS

Raphaël Pierrès – Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Jing Shang – Sorbonne Université