Le corps du locuteur natif

discipline, habitus, identité

John Joseph

pp. 29-45

La question fondamentale est la suivante : comment le locuteur natif a-t-il cessé d’être un concept utile dans l’analyse et la pédagogie linguistiques, pour devenir un symbole d’oppression ? A-t-il toujours représenté une oppression, mais qui n’aurait pas été reconnue comme telle ? Ou bien d’autres changements, d’ordre social en particulier, ont-ils modifié ses conditions d’application, de telle sorte que l’oppression ne s’est fait sentir que progressivement ? Et notre perception du concept comme une oppression est-elle un produit temporaire de notre façon actuelle de voir les choses ? En posant ces questions dans une perspective historique, cet article montre que la notion bourdieusienne d’habitus aide à comprendre comment l’ensemble des pratiques que nous appelons «une langue » devient, en partie, incorporé, physiquement matérialisé en nous. Les normes linguistiques existent dès lors pour empêcher les locuteurs de parler «nativement » , c’est-à-dire, corporellement. Voilà la discipline ultime : la mortification de la chair langagière. La «langue standard » apparaît donc comme ce que nous avons de plus proche du langage des anges, ces êtres sans corps.

Publication details

Full citation:

Joseph, J. (2013). Le corps du locuteur natif: discipline, habitus, identité. Histoire Épistémologie Langage 35 (2), pp. 29-45.

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