Native speaker

from idealization to politicization

Valelia Muni Toke

pp. 69-93

Par politicisation, j’entends un processus qui conduit à faire du locuteur natif une notion porteuse d’idéologies politiques du langage. Entrepris à la fin des années 1960 par la critique approfondie que fait Hymes du locuteurauditeur idéal (Chomsky 1965), ce mouvement prend une dimension globalisée avec l’émergence de «voix subalternes » des situations postcoloniales – un phénomène qui se traduit en linguistique appliquée par la reconnaissance progressive des «World Englishes » . Même si elle est centrale dans bien des travaux, la politicisation de concepts linguistiques n’est pas sans poser des problèmes aussi bien pratiques que théoriques, ce dont les chercheurs sont explicitement conscients. En ce sens, l’objectif de cet article est également de montrer que la politicisation du terme locuteur natif mène paradoxalement, dans une certaine mesure, au rejet du politique hors du champ de la théorie scientifique. En d’autres termes, locuteur natif ne serait pas une catégorie valide en linguistique, précisément parce qu’elle serait plus politique que scientifique. Politiciser le terme serait dès lors une manière de diminuer sa pertinence scientifique en mettant en valeur sa dimension idéologique : le locuteur natif serait avant tout une idéologie de l’état-nation.

Publication details

Full citation [Harvard style]:

Muni Toke, V. (2013). Native speaker: from idealization to politicization. Histoire Épistémologie Langage 35 (2), pp. 69-93.

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