Le problème de la transcendance des significations dans l'idéalisme phénoménologique transcendantal

Alain Gallerand

pp. 1-27

Sur le modèle des représentations et des propositions en soi de Bolzano, Husserl a envisagé les significations comme des unités idéales-objectives qui sont accessibles à plusieurs consciences et qui perdurent au-delà des actes psychiques passagers dans lesquels elles se réalisent. Indépen­dantes des opérations subjectives, les unités sémantiques seraient donc transcendantes, c’est-à-dire extérieures à la conscience. Cependant, en posant la subjectivité transcendantale comme un absolu par rapport auquel tout objet, réel ou idéal, se définit, la phénoménologie transcendantale-constitutive est finalement incapable de rendre compte de cette transcendance dont elle nie le caractère absolu au profit de la conscience : une fois que les unités de sens sont définies comme des formations logiques issues de l’activité catégoriale, leur « transcendance » n’est plus qu’un sens d’être intention­nellement constitué. Dès lors, peut-on expliquer la « transcen­dance » des unités de sens, sans vider ce concept de son contenu essentiel, sans retirer aux significations leur indépendance et leur extériorité vis-à-vis de la conscience ? L’hypothèse la plus simple consisterait à dire qu’avant de traduire la manière dont les objets sont représentés par la conscience, les significations conceptuelles sont liées aux propriétés que la pensée a arra­chées à leurs substrats pour en faire des marques distinctives. Mais cet ancrage ontologique soulève à son tour de multiples difficultés, si bien que Husserl, pour expliquer la transcendance des significations sans contrevenir à ses principes idéalistes, n’a pas d’autre choix que d’invoquer un ancrage linguistique : une fois consignées dans des signes extérieurs, les pensées sortent de la sphère privée, acquièrent une extériorité, une publicité et une solidité en vertu desquelles elles se conservent au-delà des vécus passagers, et sont à tout moment accessibles à toute conscience. Cependant, si le langage commun apparaît, pour les consciences, comme l’ultime condition de possibilité de la transcendance des significations, il n’en demeure pas moins que la transcendance qui leur revient avant qu’elles ne soient exprimées — car pour Husserl les significations, dont l’unité s’oppose à la multiplicité des signes susceptibles de les transcrire, ne sont pas nécessaire­ment exprimées — demeure un postulat métaphysique qui pourrait bien s’effondrer avec l’hypothèse d’une traductibilité translinguistique du sens qui lui sert de corollaire.

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DOI:

Full citation [Harvard style]:

Gallerand, A. (2011). Le problème de la transcendance des significations dans l'idéalisme phénoménologique transcendantal. Bulletin d'Analyse Phénoménologique 7 (3), pp. 1-27.

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