Dieu n'est pas l'être 

la Révélation comme récit du temps

Danielle Cohen-Levinas

pp. 171-185

Schelling affirme que la question de la Révélation déplace l’interrogation sur l’absolu. D’un côté, il se préoccupe de penser l’athéisme comme ce qui vient séparer l’homme de Dieu, de l’autre, il admet que le rapport de Dieu avec la nature, le fait même de mêler Dieu à la nature n’est pas philosophiquement satisfaisant. Schelling déploie selon nous une pensée radicalement nouvelle, qui tente autant de sortir d’une conception théiste où Dieu serait pleinement partie prenante de la spéculation, que de prendre ses distances avec une sensibilité anthropomorphique du panthéisme et du paganisme qui constituent chez Schelling l’horizon du christianisme. Quand Schelling auscultera plus tard la dimension d’Ursprache à l’œuvre dans la Bible, il s’interrogera sur le mouvement de tension qu’implique la Révélation vétérotestamentaire, là où la Révélation biblique implique un principe d’obscurcissement. Le temps de la Révélation, sur lequel nous portons notre attention, serait celui qui, depuis l’avènement du christianisme, supprime l’idée même de Révélation, voire la Révélation elle-même. Ce geste de suppression retourne la Révélation sur elle-même et engage ce que nous appelons le récit de l’absolu, comme un champ de force narratif qui ne cède en rien au temps de la conscience et qui inclut le temps de l’éternité, tel que Schelling dans les Weltalter l’entend dans l’épisode d’Exode 3-14, le moment névralgique où Dieu révèle à Moïse son nom.

Publication details

DOI: 10.4000/rgi.1450

Full citation [Harvard style]:

Cohen-Levinas, D. (2013). Dieu n'est pas l'être : la Révélation comme récit du temps. Revue germanique internationale 18, pp. 171-185.

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